COINTELPRO français : programme d’élimination de la résistance panafricaniste

De Kemi Seba à Nathalie Yamb passant par Ousmane Sonko aux autres panafricanistes, le souverainisme africain reprend vie et gagne tous les cœurs. Mais sur son chemin conduisant à l’émancipation africaine, il va croiser l’ennemi de toujours : la France néocoloniale. Décryptage du Cointelpro, un moyen politique français visant l’éradication de toute dissidence africaine.

I- Qu’est-ce que le ‹‹ Cointelpro ›› ?

Nombreux sont ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce programme du FBI appelé ‹‹ Cointelpro ››. Telle est la volonté des programmes éducatifs néocoloniaux d’aliénation sévissant en Afrique. Même dans les milieux contemporains panafricanistes, certains ignorent ce que c’est.

Jonh Edgar HOOVER, directeur du FBI, concepteur du Cointelpro

En effet, le scandale du Cointelpro, ce programme secret d’élimination physique des leaders Noirs, a révélé au grand jour les opérations meurtrières du FBI. À l’origine, il était un programme américain visant à saboter et éliminer toute dissidence. Par ailleurs, Don Mulford, élu républicain à l’assemblée de Californie, est à l’origine de la loi AB-1591. Il vise à interdire le port d’une arme à feu chargée en public. La loi est cependant adoptée et les Black Panthers sont présentés comme une menace pour les Etats-Unis, dans le contexte des émeutes raciales de 1967. Par la suite, Bobby Seale se retrouve à la tête du parti des Black Panthers. Il décida d’en renforcer le volet social en organisant des repas gratuits et en renforçant les programmes éducatifs. Cela accroît ainsi leur dangerosité aux yeux d’Hoover. En plus, l’élection de Richard Nixon marque un durcissement de la lutte contre les Black Panthers. Des milliers de militants et leaders Afro-américains étaient tout simplement, emprisonnés, torturés et assassinés.

Mais la France étant à bien des égards une colonie américaine l’adopte. Toutefois nous ne disons pas que la volonté française contre l’émancipation africaine est récente. Tout simplement, ce nouveau cointelpro marque un tournant décisif pour le système avec de nouveaux moyens – parfois plus soft.

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II- ‹‹ Horizons stratégiques ›› : la version française du Cointelpro

En substance, l’analyse de ‹‹ Horizons stratégiques ›› décrit :

‹‹ Des crises dites  » identitaires  », fruit de l’instrumentalisation de catégories communautaires par certains acteurs politiques et économique (partage du pouvoir et des richesses), pourront encore survenir. Le fondamentalisme, voire le radicalisme, religieux, tant musulman que chrétien, pourrait progresser, en l’absence de perspective d’intégration économique et politique des populations les plus pauvres et, surtout, des jeunes. Parallèlement – et paradoxalement –, les sentiments nationalistes et/ou panafricains pourraient se développer, parfois au détriment des intérêts occidentaux ›› (1).

‹‹ Horizons stratégiques ›› est un rapport de prospective géostratégique et géopolitique à 30 ans, rédigé par le ministère français de la défense. Il désigne explicitement les tendances lourdes de la politique extérieure et de défense françaises à long terme. Ce qui veut dire que le contenu de ce rapport sera appliqué par tous les gouvernements successifs de France ; qu’ils soient prétendument de Gauche ou de Droite ou du Centre. Ce sont essentiellement les intérêts français qui comptent, quitte à vider les Africains de leur sang.

L’analyse du ministère français de la défense contenu dans ce rapport décrit explicitement le panafricanisme comme une réelle menace aux intérêts de la France en Afrique, quitte à, là, briser l’avenir de tout processus d’autodétermination et souveraineté africaine.

En effet, l’orientation de ce rapport français prouve à suffisance que seuls les mouvements panafricanistes militent réellement pour l’élévation de l’Afrique. En revanche, est distractif tout mouvement politico-social ou concept idéologique ne se reposant pas sur les revendications de libertés – non négociables – prônées par le panafricanisme souverainiste.

L’ensemble de la galaxie panafricaniste subit d’une manière ou d’une autre les affres du Cointelpro – français ou américain. Qu’il soit influent ou pas, populaire ou pas, un panafricaniste demeure aux yeux des oligarchies une menace aux appétits impérialistes. Pour illustrer cette chronique, nous pouvons nous accentuer sur la situation de deux figures de proue du panafricanisme contemporain. il s’agit de Kemi Seba et de Nathalie Yamb. Mais aussi, nous revenons sur le cas d’autres figures dans le contexte électoral: le député Ousmane Sonko (actuel maire de Zinguinchor) ou le professeur Mamadou Koulibaly.

III- Le cas de la figure de proue du panafricanisme 2.0 : Kemi Seba

Kemi Seba, président de l’ONG Urgences Panafricanistes, au Niger en juin 2022. Il a en sa compagnie le député Oumarou Abdourahamane

Depuis le lâche assassinat du président Thomas Sankara, le panafricanisme est resté que dans les livres. Dès lors, il était resté inaudible puisqu’il ignorait la principale cible qui devrait le porter. Oui, c’était le peuple qui devrait le porter dans son sens le plus souverainiste du terme. Même l’élite panafricaniste l’avait ignoré. Jusque-là, le panafricanisme n’est plus perçu comme une réelle menace aux yeux de l’oligarchie française.

Mais Kemi Seba a tôt compris qu’il ne pouvait y avoir de panafricanisme si on n’associait pas le peuple. Alors il organise des mobilisations simultanées des populations autour des questions de souveraineté africaine. Des mobilisations qui ont toujours eu lieu, à la fois en Afrique et dans la diaspora. Depuis lors, la conscience panafricaniste est montée d’une intensité incontrôlable pour l’oligarchie française et ses pions.

D’ailleurs, les services de renseignements français s’activent davantage à inventer des histoires visant à nuire à sa notoriété. Quelques jeunes au service des gouvernants africains, aliénés, manipulés et tenus par les pourboires, sont mis à contribution. À cet effet, des fakes news et autres calomnies ont énormément circulé contre ce dernier lors de son déplacement politique au Niger le 10 juin 2022.

L’enjeu de ces fakes news et calomnies : opposer Kemi Seba à son frère de lutte, le député nigérien Oumarou Abdourahamane. C’était le cas par exemple avec, Bunchy Carter et John Huggins, leaders des Panthers, tués sur le campus de UCLA par une organisation rivale, US (United Slaves) en 1969. Or, cette rivalité entre les deux organisations a été entretenue par le programme Cointelpro. Par ailleurs, ces méthodes visent à couper la courroie de transmission idéologique entre les jeunes africains et Kemi Seba dont ils en sont trop fiers et attentifs aux messages. Pour les jeunes africains, Kemi Seba a le gène de Sankara, Lumumba, Garvey et de tous les autres ancêtres ayant porté ce flambeau.

IV- Le cas de l’emblématique ‹‹ dame de Sotchi ›› Nathalie Yamb

Nathalie Yamb surnommée ‹‹ la dame de Sotchi ››

Nathalie Yamb affirme : ‹‹ Les services français menacent de me faire taire et de m’éliminer depuis des années. Comme ils voient que je ne me laisse pas intimider, ils ont décidé de menacer mes proches, en espérant que ceux-ci feront pression sur moi. C’est raté ››.

Elle avance que : ‹‹Lettres et coups de fil anonymes, filatures de moi et de mes proches dans la rue, en attendant les empoisonnements, les agressions et l’élimination physique que l’on fera passer pour un accident ou une crise cardiaque. Le schéma est connu, et l’incapacité des services français à se réinventer rend aisé le dévoilement de leurs agissements ›› (2).

Historiquement, le cointelpro était connu pour éradiquer tous les mouvements sociaux dissidents au désordre néocolonial. Les dirigeants africains dissidents des années post indépendance en ont été aussi victimes d’une manière ou d’une autre. A titre illustratif, l’on peut citer Sékou Touré, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Modibo Keita, etc. Même des millions de pages ne pourraient contenir cette liste de leaders panafricanistes victimes du cointelpro.

Par ailleurs, pour se réinventer, le cointelpro français s’est orienté vers les mouvements politiques souverainistes aspirant aux pouvoirs politiques décisionnels. Ceci à travers d’illégitimes exclusions électorales organisées par ses valets de chefs à la tête des Etats africains. Dès lors, la France s’assure d’avoir à tête des États africains des dirigeants marionnettes.

V- Exclusion électorale, un moyen arbitrairement légalisé du Cointelpro français

a- Le pouvoir politique décisionnel

En réalité, le pouvoir politique décisionnel est ce qui manque au panafricanisme contemporain pour mieux imposer ses alternatives économiques, politiques, géostratégiques, etc. L’ayant alors bien assimilé, le pouvoir néocolonial déploie tous les moyens pour enrayer toute volonté du souverainisme africain d’accéder aux pouvoirs décisionnels. Car les plus avertis savent que le pouvoir politique décisionnel demeure la seule alternative pouvant concrétiser toute volonté d’émancipation africaine.

Dès lors, l’exclusion électorale devient un moyen en vue de maintenir la domination néocoloniale sur toute volonté d’émancipation africaine. Autrement dit, le cointelpro français, c’est aussi l’exclusion de tout processus électoral les figures politiques jugées trop souverainistes. Par des moyens rendus légaux mais anti-démocratiques, le système néocolonial espère asseoir sa domination par le biais des élections.

b- Ousmane Sonko, Mamadou Koulibaly victimes aussi du Cointelpro français

A titre illustratif, nous avons le cas des multiples tentatives de Macky Sall d’écarter le jeune Ousmane Sonko de la course aux élections présidentielles de 2024. Ce dernier réclame pourtant une souveraineté sénégalaise sur toutes les ressources du pays de Cheikh Anta Diop. Outre cela, il prône l’unité de l’Afrique dans un Etat fédéral où le destin africain devrait être unique. Pour y arriver, toutes les campagnes de sabotage, d’intimidation policière et judiciaire sont mises en oeuvre contre Sonko. Objectif du pouvoir meurtrier franco-sénégalais: empêcher le jeune populaire candidat souverainiste d’accéder à la magistrature suprême.

Par ailleurs, toujours dans ce registre, nous avions observé comment ce pouvoir de Côte d’Ivoire avait écarté le souverainiste homme politique et professeur Mamadou Koulibaly de la course à l’élection présidentielle de 2020. De minables histoires de parrainage s’inventent pour servir de moyens au Cointelpro français (3).

Le cointelpro s’utilise également au Bénin depuis l’avènement du régime autocratique de Patrice Talon. La sournoiserie politique a atteint le summum. À cet effet, les autorités en charge des élections inventent à quelques jours du processus électoral des pièces dont le seul but est d’invalider la candidature des opposants. Ainsi, les élections législatives de 2019 au Bénin accouchèrent 83/83 députés issus exclusivement des deux listes de Talon. Précisons toutefois que malheureusement, il n’y a pas encore de partis politiques souverainistes au Bénin. En plus, le même scénario se reproduisit à l’élection présidentielle de 2021 où seuls les 83 députés avaient l’onction de parrainer des candidats. Au finish, Patrice Talon est élu contre toute volonté des masses populaires béninoises.

Re (lire) aussi : https://afrique-mere.com/mali-france-2-625-milliards-fcfa-pour-alimenter-le-terrorisme/

2 thoughts on “COINTELPRO français : programme d’élimination de la résistance panafricaniste

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