LE NATIONALISME LIBÉRAL CONTRE LES COMMUNAUTÉS ORGANIQUES

Par Alexander Bovdunov

Qui aurait pu l’imaginer ? Francis Fukuyama s’est récemment fait l’avocat du « nationalisme » et suggère de repousser l’avènement de la société mondiale. Mais s’agissait-il d’une « conversion » ou d’une diversion pour arriver à l’État mondial en empruntant à mi-chemin une route nationaliste?

Francis Fukuyama.

Le penseur libéral sans originalité qu’est Francis Fukuyama a récemment publié un article dans lequel il appelle les libéraux à abandonner la cause de la création d’une « société mondialisée et à embrasser plutôt le nationalisme » (entendu comme un nationalisme civique) [1].

Bien sûr, il n’est pas surprenant que Fukuyama prône le « nationalisme libéral », puisqu’il affirme depuis 2000 qu’il est nécessaire de soutenir et de cimenter la création de structures modernes (« États-nations ») dans le monde entier afin que le libéralisme puisse les utiliser comme un outil pour détruire les restes de communautés et de traditions pré-modernes qui survivent encore. L’article dit en substance: « Nous voulons créer un monde sans États-nations, mais comme cela est encore impossible, il vaut mieux utiliser les États-nations comme moyen d’atteindre cet objectif ». Il affirme également que « malheureusement, l’opération militaire spéciale russe en Ukraine montre que nous n’avons pas encore créé un monde post-historique ».

Fukuyama est favorable à un nationalisme civique de type jacobin qui détruit toutes les formes de communautés et de solidarités organiques, car « les sociétés libérales ne devraient pas reconnaître officiellement les groupes fondés sur des identités fixes telles que la race, l’ethnie ou la tradition religieuse. Ce n’est que par le « nationalisme » que l’on peut construire des valeurs et des attitudes uniformes compatibles avec le libéralisme. En outre, Fukuyama considère que le fédéralisme renforce les « identités ethniques et religieuses » pré-modernes.

Étrangement, Fukuyama considère l’Ukraine comme un parfait exemple de « nationalisme » libéral, puisque « ses citoyens se sont engagés en faveur de l’indépendance et de l’idéologie libérale et démocratique, faisant clairement savoir qu’ils sont prêts à se battre pour elle jusqu’à leur dernier souffle. Cependant, ils n’ont pas été en mesure de construire un État qu’ils peuvent appeler le leur ». Fukuyama considère apparemment que les « droits de l’homme » et la société ouverte de Karl Popper ont pour représentant légitime le « bataillon d’Azov », allant jusqu’à laisser entendre que le nationalisme ukrainien est très similaire à celui épousé par les « pères fondateurs » des États-Unis.

Pourtant, Fukuyama admet que dans les États-nations où il existe des groupes ethniques et religieux hétérogènes, le fédéralisme peut résoudre les conflits des peuples qui « occupent le même territoire depuis des générations et ont leurs propres traditions culturelles et linguistiques », mais « le fédéralisme exige la dévolution du pouvoir à des entités infranationales indépendantes ». Toutefois, cette solution a été écartée par l’Ukraine.

[1] https://inosmi.ru/20220417/liberalizm-253821826.html

Source : geopolitika.ru

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