Patrice Talon, tel un décomplexé françafricain en attente de l’onction officielle de Paris

Patrice Talon, le dirigeant du Bénin a toujours clamé sur tous les toits qu’il est n’est pas trop soumis à l’Etat néocolonial français. Mais la réalité de ses liens françafricains est en contraste avec ses anciens discours publics. Disons-le, la gouvernance de Talon révèle véritablement que la colonisation n’est pas qu’un fait du passé. Car elle demeure toujours présente et s’amplifie davantage par d’autres mécanismes sournois et peut-être moins perceptibles à l’œil nu.

Patrice Talon à la tête du Bénin, une déception

Les béninois espéraient que le président Talon engagerait le Bénin sur la voie de l’autodétermination et de la conquête des leviers de souveraineté. Mais son premier mandat leur fut une grosse déception, sur tous les plans ; sanitaire, économique, social et politique. Il a essayé de susciter l’émotion des béninois autour de son amour pour la ‹‹ tradition ››. Ce pseudo amour pour la tradition ne l’a quand même pas empêché d’être un amoureux maladif de la mortifère françafrique, menace à l’affirmation de cette même tradition. Un paradoxe prouvant que l’on peut se revendiquer culturellement ‹‹ traditionaliste ›› sans forcément être un défenseur d’une Afrique entièrement souveraine.

Re(lire) : https://afrique-mere.com/terrorisme-et-partenariats-geostrategiques-au-sahel/

Par ailleurs, ses réformes économiques – ultralibérales – assèchent au quotidien les finances des commerces béninois. Encore plus grave, les investissements de l’Etat ne sont pas orientés vers les secteurs productifs. Dès lors, la santé et le bien-être social des béninois seront en option au second mandat, insinuait-il. Pourtant, la dette publique connait une augmentation exponentielle sans qu’on ne sache dans quoi elle est investie. Certainement dans le fonctionnement bureaucratique de l’Etat, la réparation de rues et création de statues, etc. qui façonneraient l’aspect physique des infrastructures. Par conséquent, les taxes et les impôts pleuvent au quotidien sur les populations à la base et leurs micro entreprises. Dans le même temps, le salaire du président et de ses ministres demeure un mystère. Celui des ministres avoisinerait huit à seize millions brut selon les indiscrétions.

Patrice Talon, président de la république du Bénin. Crédit photo : présidence du Bénin
Patrice Talon, président de la république du Bénin. Crédit photo : présidence du Bénin

Patrice Talon, un président ultralibéral et impopulaire

En 2020, il reconnait publiquement qu’il est ‹‹ impopulaire ›› du fait de ses réformes néolibérales à l’encontre des masses populaires (1). Mais comment un dirigeant sortant peut-il encore se faire réélire quelques mois après cet honnête aveu ? En réalité, il lui faudrait alors par tous les moyens exclure des adversaires de la compétition électorale. Patrice Talon l’a fait en créant ses propres adversaires politiques inconnus de tous. C’est ainsi qu’il a été déclaré ‹‹ président de la république ›› par son avocat personnel nommé président de la Cour Constitutionnel. Une élection dont le taux de participation est officiellement à 26,47 % confirme d’ailleurs le vomissement de son régime par ses propres compatriotes (2).

Re(lire) : https://afrique-mere.com/mepris-du-panafricanisme-cause-probable/

Le second mandat sera du ‹‹ hautement social ››, scandait-il. Mais son hautement social commence avec la privatisation du moyen de transport de l’étudiant béninois (3). Et qui parle de l’étudiant béninois, parle de l’enfant des populations à la base. Oui, l’ultralibéralisme n’a toujours que pour objectif l’appauvrissement légalisé des masses populaires. De plus, le gouvernement de Patrice Talon a ouvert tous les pans de l’économie béninoise – jusqu’à la base – à l’investissement étranger.

Ne l’oublions pas. L’autocratie talonienne a atteint le summum avec aussi la privatisation volontaire de liberté de citoyens. Le régime de Patrice Talon a fait assez de prisonniers et d’exilés politiques. Il se sert de la puissance étatique pour contraindre des opérateurs économiques béninois à l’exil afin de mieux faire profiter son clan, les opérateurs français, chinois et autres.

Le décomplexé agent françafricain

En effet, à la tête du Bénin, Patrice Talon demeure le plus grand agent françafricain de ces trente dernières années. En s’octroyant à nouveau le pouvoir d’Etat, il renforce son adversité au panafricanisme souverainiste. Pour qui s’intéresse en profondeur aux multiples mécanismes de la pieuvre françafricaine, aucun président béninois ne fut autant servile à la France prédatrice. Aucune différence fondamentale entre sa soumission et celle de Alassane Ouattara ou de Macky Sall à l’Etat génocidaire français.

D’ailleurs, sans la nommer, il reconnait lui-même cette soumission néocolonialiste dans son discours du 27 juillet 2022 devant Emmanuel Macron. A cet effet, il avoua : ‹‹ Les relations économiques entre la France et le Bénin ont atteint ces cinq dernières années (2017-2022, ndlr) un niveau inespéré, jamais rapproché, soit plus de dix fois leur volume sur une moyenne quinquennale de ces trente dernières années. Cela démontre bien combien les relations entre la France et le Bénin sont bonnes ››. Par ailleurs, il a attendu l’injonction de Macron pour libérer une trentaine de prisonniers politiques le jour de sa présence à Cotonou.

Quand bien même la construction de statues des amazones et autres figures de résistances est louable, d’énormes paradoxes marquent ces actions. Car, si le président Patrice Talon confirme son allégeance à la France néo colonisatrice, ces amazones et rois du Dahomey s’étaient battus contre la colonisation française.

Disons le, la gouvernance Talon révèle véritablement que la colonisation n’est pas qu’un fait du passé. Car elle demeure toujours présente et s’amplifie davantage par d’autres mécanismes sournois et peut-être moins perceptibles à l’œil nu. Face à Lionel Zinsou en 2016, Talon n’était pas le premier choix français pour succéder à Boni Yayi, le pleureur de Charlie Hebdo. Alors, avant de recevoir l’onction officielle de l’Elysée, il devrait prouver sa soumission aux intérêts français. Ce qu’il réussit avec brio pour la France pendant les cinq premières années de sa gouvernance. En retour, il mérite une visite du chef de la plantation néocoloniale, Emmanuel Macron, pour officiellement prouver son allégeance.

Eu égard à tout ce qui précède, le ‹‹ président ›› Patrice Talon avait besoin, tel un décomplexé françafricain, de l’onction officielle de l’Elysée pour s’affirmer et réaffirmer au besoin que le Bénin demeure toujours un pré carré français. Tel est l’enjeu premier de la visite néocoloniale de son patron Emmanuel Macron, ce 27 juillet 2022. Dans nos prochaines chroniques, nous allons prendre du plaisir à décortiquer les enjeux militaires, économiques et culturels de cette venue de Macron au Bénin.

Sources

(1) : https://www.beninintelligent.com/developpement-du-benin-talon-assume-son-impopularite-ses-franches-confidences-dans-jeune-afrique/

(2) : https://www.financialafrik.com/2021/04/14/presidentielle-au-benin-le-taux-de-participation-en-debat/

(3) : https://www.24haubenin.info/?Le-prive-pour-gerer-le-transport-etudiant-des-universites

4 thoughts on “Patrice Talon, tel un décomplexé françafricain en attente de l’onction officielle de Paris

    • Bonjour !
      Ce verre est totalement vide pour le compte du Bénin. Plein pour l’oligarchie française servie par celle talonienne.
      Nous aurions tellement voulu que vous nous apportiez la contradiction à cet effet. Et pourtant, le président Talon a reconnu publiquement devant le président français que de 2017 à 2022, la France a été servi économiquement plus que ce qu’elle a gagné pendant les trente dernières années au Bénin. Relisez l’article. Merci pour votre commentaire.

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.